Union Libanaise Culturelle Mondiale
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                     Paris, le 8 octobre 2002

Sujet: IXème Sommet de la Francophonie
Beyrouth, 18-24 octobre 2002

Monsieur le Ministre,
La diaspora libanaise sur les cinq continents, forte de dix millions d'émigrés libanais ou de descendants de Libanais, constitue un nouvel espace et une nouvelle dimension de la Francophonie dans le monde. A l'heure qui approche où va se tenir à Beyrouth le IXème Sommet de la Francophonie, nous aimons attirer votre attention sur les réalités suivantes:

Nous sommes convaincus des valeurs culturelles et des principes humains permanents, originaires et universels qui, dans les siècles, ont été véhiculées, et le sont encore plus aujourd'hui, par les pays de la Francophonie dans le monde. Elle conjugue l'aspiration de tous les peuples qui la composent à vivre pleinement l'épanouissement et le développement de leurs libertés concrètes (personnelles, familiales, sociales et nationales, culturelles, économiques et politiques), sur le fondement de l'unité et de l'universalité du statut éthique et juridique qui définit à jamais la dignité universelle de la nature humaine et le patrimoine commun et perpétuel du genre humain.

Aussi les Libanais se sentent-ils fiers d'accueillir – dans le pays de l'alphabet et des cèdres, héritier de tant de civilisations – un tel sommet, mais tiennent par ailleurs à ce que les gouvernements hôtes du Liban ne cautionnent pas, peut-être à leur insu, des contre-valeurs, négateurs du patrimoine humain qu'ils veulent représenter et répandre.

Dans cet ordre d'idées, nous aimerions souligner, auprès des honorables hôtes de notre pays, les réalités que les "officiels" libanais ont trop souvent dissimulées et continuent de le faire:

1. Le Liban est un pays qui vit depuis 1976 sous des stades différents et grandissant d'occupation militaire de la part d'un pays, la Syrie, dont le régime autocratique et despotique n'est plus à démontrer ni à révéler. Près de 40.000 soldats syriens occupent toujours le Liban.

Le réseau des services de renseignement syriens a infiltré et infiltre la totalité du Liban et y régit toutes les décisions politiques, sécuritaires et économiques.

C'est ce réseau – exécutant et mandataire de tant d'assassinats et tentatives d'assassinats perpétrés contre des leaders politiques et des dignitaires religieux de toute communauté – qui désigne les "responsables" du pays dans tous les secteurs clé de la gestion et de l'administration publique.

2. L'absence d'une justice indépendante (elle est inféodée au système sécuritaire instauré par l'occupant syrien) caractérise la situation du droit au Liban.

Une justice sélective utilise aujourd'hui et plie la formulation des lois à des objectifs et intérêts politiques de toutes sortes, principalement extérieurs et étrangères au Liban, et choisit ainsi ses victimes.

3. Une politique économique désastreuse, engagée depuis 1992, a amené le pays à assumer une dette qui atteindra les 32 milliards de dollars à la fin de 2002. Maintenant donc, cette dette grandissante dépasse le montant calculé pour l'ensemble des destructions de la "guerre chaude" (1975-1990), évaluées en 1998 par le Pnud (Programme des Nations-unies pour le Développement) entre 25 et 30 milliards de dollars. Un appauvrissement grandissant de la population s'en est suivi ainsi qu'un chômage qui frise les 30% de la population active. Plus de 30% de l'effectif des écoles francophones privées ont rejoint des écoles publiques où l'enseignement du français laisse à désirer.

4. Le musellement de la liberté d'expression et de la presse s'effectue par la répression violente des manifestations pacifiques (exemple: la répression du 7 août 2001) ainsi que par la fermeture de médias, telle la fermeture de la chaîne de télévision Mtv Liban. L'ambassadeur de l'Union européenne, le représentant du Danemark (à Beyrouth l'ambassadeur de Grèce, M. Gabriélidès), a officiellement protesté de ces mesures, le 2 octobre, auprès des "officiels" libanais.

5. Des centaines de Libanais sont arbitrairement incarcérés en Syrie sans jugement et sans déclaration officielle de la liste des détenus.

6. Alors qu'à l'instigation des autorités de Damas, des centaines de milliers de non-Libanais sont arbitrairement naturalisés dans le but d'instaurer un déséquilibre démographique, les millions de Libanais de la diaspora et tous ceux qui sortent du territoire libanais sont interdits de vote, une mesure contraire aux principes élémentaires des Droits de l'Homme et du Citoyen.

7. Sur les directives du régime syrien, l'armée libanaise a été interdite de se déployer dans les régions du Sud Liban évacuées par l'armée israélienne.

L'autorité sécuritaire est interdite d'entrée dans des îlots où se réfugient des hors-la-loi qui commettent des crimes de droit commun et elle est contrainte de ne pas poursuivre les auteurs de crimes très graves, tels l'assassinat de 4 juges au cours d'un procès dans une cour de justice à Saïda et l'assassinat de trois membres des services libanais de renseignements.

7. Riche de son historique pluralité culturelle et communautaire, le Liban risque, à l'instigation de la Syrie, de passer sous le régime du parti unique.

Un projet de loi électorale de provenance syrienne, unique en son genre et absolument étranger à notre réalité sociale et à notre histoire, voudrait instaurer un système électoral où le Liban deviendrait une circonscription unique au vote majoritaire, sans aucune sauvegarde proportionnelle.

8. Une hémorragie de la jeunesse libanaise et de la population, lancées aujourd'hui dans une course illimitée à l'émigration, dépouille le Liban d'une grande partie de ses capacités humaines et de ses cerveaux. Le Liban ne possède pas de réserves minières ou de nappes pétrolifères. Il perd actuellement sa principale ressource: ses jeunes, leur hardiesse, leurs talents.

9. Une exploitation cynique de la répartition communautaire du pays pour attiser et provoquer des conflits confessionnels dans l'objectif de justifier la mainmise syrienne sur le pays est entreprise par les réseaux de renseignement syriens et leurs complices libanais.

Des instances religieuses sont sommées, sous la menace, d'adopter des attitudes et positions conflictuelles, comme des manifestations à caractère religieux extrémiste sont orchestrées dans le même objectif

          Monsieur le Ministre,
          Le titre du Sommet de la Francophonie évoque «Le Dialogue des Cultures».

La sauvegarde du caractère plural de la société libanaise et le retour du Liban à ses libertés réelles et à sa pleine souveraineté sont seuls garants de ce rôle pionnier du Liban dans l'établissement d'un véritable dialogue des cultures.

La coexistence de ses 18 communautés ethno-culturelles et religieuses et leur vouloir vivre en commun, que le peuple libanais a si longuement et positivement expérimenté pendant de longues périodes de son histoire, doivent donner l'exemple dans cette région tourmentée qu'est le Moyen-Orient.

                    Pour illustrer et confirmer cette situation, que la courte présence de votre pays au Sommet ne peut vous faire                       entrevoir, nous vous soumettons ci-joint une partie de la déclaration approuvée et rendue publique le 2 octobre                       courant par l'assemblée des évêques maronites, réunis sous la présidence du Patriarche, le Cardinal Nasrallah                       Sfeir:

«Cette situation de tension que connaît la scène libanaise est surprenante et les mesures que prennent les autorités sont inadmissibles, comme si la moitié de la population libanaise était devenue leur cible [...].

Des calicots s'élèvent au Nord pour proférer des menaces et des sanctions sous l'œil des agents de la sécurité et leur ouïe, ainsi que des mesures sont prises qui tentent de faire taire toute voix qui voudrait s'exprimer librement, alors que la Constitution garantit la liberté d'expression [...].

Est-ce cela l'ambiance requise pour la tenue [du Sommet de la Francophonie]?

[...] Les responsables se rendent-ils compte que s'ils étouffent la voix des opposants qui critiquent [les mesures de l'autorité] et qu'ils éliminent ceux qu'ils considèrent comme leurs adversaires, ils auront détruit le régime démocratique, lequel, malgré ses failles, distingue le Liban des pays qui l'entourent [...].

Nous prions pour que [le Liban] retrouve tous les fondements qu'il a perdus et principalement sa dignité en tant que pays jouissant de son identité, son indépendance, sa souveraineté et sa décision exprimée à travers son libre choix».

Notre foi dans la mission humaine et universelle confiée à l'identité historique des pays de la Francophonie et notre confiance en votre combat pour la défense des droits originaires, universels et permanents de tout homme et de tout peuple, nous amènent à vous demander instamment de ne point cautionner les crimes contre le droit et contre l'humanité qui sont perpétrés au Liban à un rythme quotidien et de demander à la Syrie de se retirer du Liban, afin que notre pays, à l'instar de tous les pays du monde francophone et du monde tout court, retrouve sa souveraineté et le peuple libanais ses droits et ses libertés.

Le «Dialogue des Cultures» ne sera plus, ainsi, un simple titre.

Nous vous assurons, Monsieur le Ministre, de toute notre considération.

L'Union Libanaise Culturelle Mondiale
(France, Europe, Amériques, Australie, Afrique, Asie)
Paris, le 8 octobre 2002
Union Libanaise Culturelle Mondiale
France
25, villa du Roule 92200 Neuilly sur/Seine