LE MYTHE DE
SISYPHE
By: Joseph Mantoura
23/9/02
« Syria Accountability Act » ou
pas, les jubilations hâtives des uns vont vite se transformer en amer, mais alors très
amer, amertume. Ne nous leurrons pas, comme le font certains régimes arabes, de slogans,
même anglo-saxons, pour compenser notre stérilité affligeante. Regardons la vérité en
face et aidons-nous nous-mêmes.
Lhistoire des relations syro-américaines a constamment joué les passions,
fluctuant entre amour et haine, un scénario racinien. Pas un passage ardu entre les deux
pays na été suivi dun autre de grande lune de miel, et ces sublimations
relationnelles nous ont fait laisser bien des plumes sur le territoire libanais. A chaque
retournement en épingle à cheveu, le Liban faisait office de cadeaux de noces. La Syrie
représente un des pivots primordiaux de la stabilité politico-militaire de la région
moyen-orientale laissant les Etats-Unis dAmérique fouiner ailleurs dans les
bourbiers arabes lui échappant complètement. Nul besoin de rappeler les années 76, 82,
90 et autres périodes où la Syrie, alors acculée au pied du mur par lhyper-puissance
américaine, put savamment tirer son épingle du jeu et retourna une situation, à
première vue critique, à son grand avantage.
Aujourdhui, certains cherchent désespérément à se mettre au devant de la «
Syria Accountability Act », dont Michel Aoun, en pariant sur son hypothétique amendement
au sénat américain. A nouveau, nous voilà en train de jouer dans la cour des grands en
espérant recueillir les fruits murs qui en tomberait. Malheureusement, comme laffirme
M. Joumblatt, nous navons cure de lhistoire et rêvassons, toujours, au gré
des rebondissements planétaires de chimériques projets, tramés dans le secret des
services de renseignement, dont les visées superposeraient miraculeusement nos desseins,
achevant le boulot à notre place. Bref ! Comme qui dirait une véritable sinécure, bain
moussant et cigare à la bouche.
Le peuple libanais a trop souffert pour être pris en otage aussi bien par le pouvoir que
lopposition. Certes, quil avance des sacrifices afin de revendiquer un peu de
démocratie ne relève que du devoir de chaque citoyen digne de ce nom, mais de servir de
barricades derrière lesquelles les uns et les autres se retrancheraient à la recherche
de protection relève dun autre volet autrement plus dévastateur. Le Général
Aoun, aujourdhui, travaille des pieds et des mains pour faire amender par le sénat
américain ce qui est convenu de nommer la « Syria Accountability Act ». Tout
patriotique que soit le dessein convoité par lhomme, il ne peut et ne doit être
exclu de son contexte et de notre histoire. Lhomme en question a déjà subi de
sévères revers, alors quil occupait et contrôlait tous les postes clé, en
insistant à accomplir des tâches, il est vrai nobles quelques fois, mais, somme toute,
titanesques pour lenvergure du pays. Nul besoin de rappeler les péripéties
dévastatrices et épilogues douloureux de ses croisades libératrices de 89 ou
unificatrices de 90. A présent il sattelle à la lourde besogne du châtiment de
Damas, un autre sujet largement au-dessus de nos moyens.
Il est crucial en ces jours dobscurantisme moyenâgeux, alors que lexécutif,
le législatif et le juridique ne se conjuguent plus quà la première personne, de
resserrer les rangs et dapprécier à leur juste valeur toute décision pour ne
laisser aucun interstice à travers lequel sinfiltrera le pouvoir pour miner les
fondements de lopposition en cristallisant les différends de lalliance. Le
combat doit garder en ligne de mire lindépendance de la nation de toute présence
étrangère armée et ne devrait aucunement ségarer dans les dédales et les
marécages de la politique des géants de ce monde au risque de se retrouver réduit à
une simple monnaie déchange. La « Syria Accountability Act » a complètement
dévié de sa trajectoire le schéma directeur de « Kornet Chehwan » pour ségarer
dans un autre celui de la sanction de la Syrie. Les voilà lancés dans une énième
ascension de rocher vers des sommets inconnus. Et comme pour Camus, sommes-nous sensés
être béatement heureux de ces initiatives hasardeuses que déclenchent les uns et les
autres, bien à labri, et dont les retombées naffecteront que les résidents
résistants encore au pays des cèdres ?