PLUS DE REPUBLIQUE
ET MOINS DE DEMOCRATIE
By: Joseph Mantoura
4/1/03
Dans quelle mesure la démocratie, brandie à tort et à travers de par le pays et par
tout un chacun, vient-elle recouper sur des points décisifs les aspirations, pourtant
bien modestes, dune majorité de libanais de plus en plus muselés ? Une telle
métaphore, si vous permettez, est déjà surchargée du boulet pesant dune longue
et capricieuse histoire lui conférant tout à la fois confusion et richesse sémantique.
Il existe autant de faces démocratiques que dinterprètes politiques, chacun
manipulant le lexique du parfait démocrate à la mesure de son avidité personnelle.
A la question : Raconte-moi la démocratie ? La plus simple réponse serait : Laquelle ?
En effet de lURSS stalinienne aux EU jeffersoniens, toutes les institutions
étatiques se targuaient de fer de lance démocratique, au prix de thèses dangereuses et
malsaines et dinterprétations loufoques. Etymologiquement, la démocratie
stipulerait un régime politique issu du peuple. Voilà tout un programme pour un petit
mot, mais si cette dernière se prévaut de rigueur, quand scrupuleusement appliquée,
elle manque cruellement de moralité.
La démocratie ne symbolise quun minimum vital à toute république. Elle ne
représente quun mode de suffrage à lorigine du choix des gouvernants. Ce
calcul, froid, accouche dun pouvoir de lopinion dune majorité des
votants, opinion bien subjective mais pas forcément la meilleure. La démocratie
sous-entend des rouages, souvent complexes et intriqués, qui régissent, suivant des lois
préétablies et souvent contradictoires, le bon fonctionnement des hiérarchies en
vue de contrôler tous les dérapages, bien humains parfois, des tendances hégémonistes
tentantes de certains. Livrée à elle-même, et suivant les codes des manuels étatiques
démocratiques, la démocratie, amorale pourrait générer un régime despotique de la
majorité sur les minorités, et les exemples pullulent dans les livres dhistoire,
se métamorphosant en Cronos qui dévorait ses propres enfants. La démocratie, non
jugulée par une sagesse républicaine mais se réfugiant derrière les lois, toutes
conformes pourtant, des manuscrits constitutionnels enfante dun régime à deux
têtes et à deux vitesses. Gardons en mémoire que lun des régimes tyranniques le
plus caricatural de notre histoire moderne, en loccurrence le nazisme hitlérien,
na accédé au pouvoir que le plus démocratiquement du monde.
Si la déontologie républicaine ne se résume à aucune législation écrite, elle
représente, par contre, un des garde-fous les plus efficaces contre la démocratie
sélective. La république constitue un idéal démocratique, un idéal universel. Elle
exige une vertu citoyenne et une ascèse générale où chacun y trouve son compte et tout
le monde assure son devoir. La république trouve son assise dans la démocratie mais tend
vers un plus noble dessein, celui réconforté dans lopinion. En un mot, si la
démocratie assure le choix et la relève des gouvernements, ces derniers se doivent
dopter pour la république pour régner. Si la démocratie est un devoir simpliste
dans lequel des lois rigides régentent des choix et des textes pour modeler les modes de
vie dune population à géométrie variable dans le temps et espace, la république
a le devoir, nettement plus ardu, dhumaniser et dharmoniser sa législation.
Il lui incombe doublier la majorité pour le bien dun être, et le droit
dun individu pour lavantage du groupe. Si la démocratie assure
lintégrité de létat des institutions, la république est garante de la
néguentropie de létat nation. La république est un idéal de patrie où chacun
aspire à transcender ses instincts, même démocratiques, pour le bien national.
Notre démocratie, bien avisée, rejette les minoritaires dans une zone de non-droit et
les majoritaires dans celle de tout-droit. Sous prétexte des résultats du scrutin
démocratique, a fortiori, le pouvoir a créé le clivage de sa population se réfugiant,
à bon escient, derrière la loi du nombre quand bon lui semble ou dans les méandres du
légal pour fuir ses responsabilités. Tantôt démocratique à souhait, tantôt libéral
à la limite de lanarchie, notre gouvernement se faufile dans son propre chaos
cherchant à éloigner léchéance de la déchéance finale manipulant à coups de
crosse ou à grand flot de verbiage les alinéas quil avait imposés auparavant pour
sa propre survie. Il senorgueillit de démocratie agitant les livres juridiques
selon les circonstances, mais manque abominablement de constance et de noblesse
républicaines.
Une république, dans le sens philosophique du terme, reste un exercice de formation de
chacun et de tous. Elle est fille dune pédagogie citoyenne quotidienne. Plus
quun gouvernement, bien plus quune démocratie, la république est une morale
et une maturité pour le bien de chacun et le mieux de tous. Elle ne se trouve ni dans les
textes ni dans les lois mais bien dans luniversalité de nos valeurs et dans le
cur de chacun.