INCONTOURNABLE
DESTIN
By: Joseph Mantoura
9.9.02
Le sordide rivalise avec labject et la p?ègre avec la racaille. Que darmes et
treillis illégaux se sont ostensiblement offerts au vu et su de tous les libanais dans ce
cloaque du genre humain où sépanouissent grassement toutes les idéologies
religieuses perverses. Ce havre dinquiétude abritant la lie de la société et le
noyau de la bêtise sarroge le droit, divin indubitablement, de juger le reste du
monde. Mais, que font tous ces zouaves, armés jusquaux dents dans le camp de
Ain-El-Héloué ?
Nous savions déjà que ce ramassis de renégats se délectait de rapts en tout genre, de
viols, vols et meurtres de toute sorte. Nous nous sommes habitués à tolérer cet îlot
sécuritaire comme un refuge aux délinquants de tout âge, centre nerveux de toute
transaction suspecte et carrefour inconditionnel de lillicite. Nous nous sommes
faits à lidée de létat dans létat, de larrogante impunité des
autochtones et de la chronicité des défis au droit le plus primordial. Les
élucubrations honteuses de cette cité amorale épiçaient les discussions des libanais
et enflammaient les spéculations les plus hardies. Nous feignions de considérer cette
bourgade comme la citadelle imprenable résistant à lennemi israélien, le
fer de lance de la puissance arabe en mal dêtre et le symbole du rapatriement de
tous les Palestiniens vers leur terre. Nous simulions, en outre, notre consentement
à passer sous silence tous les débordements constitutionnels sous prétexte que la
région, dont nous sommes malheureusement lunique épicentre et sa périphérie tout
à la fois, vivait des jours cruciaux nous interdisant toute inutile dépense collatérale
dénergie. Contrairement à tous nos congénères, Il nous fallait consentir
des sacrifices aux confins de la vicissitude pour sarroger le droit de brandir
haut et fort notre arabité.
Avions-nous eu tort ?
Le soubresaut inopiné du camp « Wafel » (ou Jalil) des réfugiés palestiniens de
Baalbek, longtemps quiescent, vient de se porter en faux face aux affirmations
anesthésiantes et soporifiques de nos responsables. Ce petit bourg, le plus petit
dit-on, a repris du poil de la bête et sest hasardé à sattaquer à larmée
nationale, prenant exemple sur son grand frère de Saida. La permissivité de lun
a décuplé laudace de lautre. Nul besoin de développer un génie
imaginatif pour déduire cette évidence. Cette tolérance croissante du pouvoir
tricéphalique vis-à-vis du fusil prohibé depuis laccord de Taef, accord par
ailleurs tant loué par lexécutif, a fini par déteindre fâcheusement sur la
sécurité du pays, sujet de prédilection de cette même coalition au pouvoir, tant et si
bien quune ambiance de pré-guerre civile se dessine de plus en plus nettement aux
yeux de tout un chacun. A nouveau, lépineuse question de larmement
palestinien soulève les rancurs et les suspicions, à laquelle vient sajouter
une autre controverse davant-guerre et qui nest autre que léternelle
énigme de la carence étatique au Sud Liban, véritable passoire et terrain vague de
non-loi et non-lieu. Tous les ingrédients détonateurs semblent réunis pour une reprise
générale du dialogue des armes avec en sus, cette fois, un excellent catalyseur, la
décrépitude économique.
Aurai-je tort ?
Je ne puis que lespérer du tréfonds du cur. Toutefois, le souhait seul ne
peut normaliser une situation vicieuse même si celui-ci est de toute bonne foi. Face à
un pouvoir tricéphale qui suse à sautofreiner, libérant un champ daction
de plus en plus large à un pouvoir de lombre, aux visées occultes, qui lui, par
contre, agit de mal en pis, une économie désuète qui, rabibochée à la va-vite par un
législatif anémié, continue damoindrir le pouvoir dachat du citoyen moyen,
un pouvoir juridique qui naspire plus quau rôle de cache-misère du
politique, des forces de lordre qui perdent leur temps à museler, virilement, ceux
qui dénoncent lapathie gouvernementale pendant que les unités de larmée
régulière, sétonnant encore de découvrir des caches darmes dans les camps
palestiniens au Liban, sappliquent, patiemment, à resserrer des étaux méthodiques
autour deux chaque fois que, par mégarde incontestablement, un militaire est abattu
aux alentours, et que le Libanais traditionnel, ne sachant plus à quel saint se vouer, se
livre tête première à lambassade la plus proche en quête de visas de long
séjour de préférence, un seul sort nous est réservé : Lentropie et limplosion.
Trêve de métaphores syntaxiques sophistiquées rafistolées pour édulcorer une
situation menaçante on ne peut plus avérée. La désolation que traverse le pays reste
au-dessus de tout vocabulaire pour être réhabilitée.
En fin de compte, quelquun devrait payer le prix de la déchéance. Soit le pouvoir,
si le peuple réclame, dans la rue, des comptes, soit ce dernier sil persiste à
ignorer la gravité de sa condition, car aucune religion céleste, aucune doctrine
partisane ni aucun intérêt politique ne seront à même de lui prêter main forte.
Jamais une liberté na façonné un peuple, jamais la démocratie na créé
une nation, mais plutôt le contraire. Nous ne méritons que le pouvoir qui nous
représente : « Tel peuple, tel gouvernement ».