KATAEB OU PAS KATAEB…
By: Joseph Mantours
7.10.01

Rallié, comme tous les partis libanais, à la politique du marché le parti phalangiste a intronisé sans surprise M. Karim Pakradouni cinquième chef des Kataëb. Mais quel Kataëb?

Un parti aux records inaccessibles de dissensions intra-muros qui, pour conserver encore l’apparence d’une famille présentable devant les enfants, se refuse à l’idée d’un divorce à l’amiable. Un parti dont les derniers sympathisants résiduels, et davantage par simple arrivisme que ferme conviction, ne lorgnent plus qu’une planche de salut intermédiaire et hypothétique pour conserver une place au soleil du pouvoir. Un parti qui, pour toute fin utile, ne représente plus qu’un tremplin à gravir les échelons de l’opportunisme et vidé de son contenu ne carbure que par son contenant.

Ce parti rallié à la politique du marché n’ose, pour l’instant, affronter les dernières fortifications du phalangiste traditionnel. Il ne réussit qu’à creuser davantage un fossé entre le partisan épanoui et l’autre dépressif. Bien que M. K. Pakradouni exhorte les sympathisants à prendre leur mal en patience avançant que le parti a pris le train étatique pour abandonner toutes ses vieilleries, nous craignons que le retard accumulé ne laisse quelques dommages irréversibles et restera comptabilisé dans les registres du pouvoir sous formes de dettes dont les seuls intérêts composés réussiront à ployer la volonté des chefs actuels et à venir.

Entre le Katëb qui bouge et celui qui pleure, M. Pakradouni a clairement choisi son camp. Il serait même l’instigateur de ce mouvement réformiste qui, au prix de renier tout son héritage « libanissime », s’est harnaché de lourdes prothèses étatiques pour se sortir de l’immobilisme et parfaire un renversement idéologique afin de s’aligner sur les théories des pontes du pouvoir. Conscient que ces artificielles instrumentations ne lui garantiront aucune accélération, il découvre déjà, à ses propres dépens, qu’elle handicape ostensiblement sa simple déambulation par un départ on ne peut plus frustrant. En effet, l’élan ambitieux du dernier chef à la recherche de nouveaux horizons prometteurs est d’emblée obscurci par la tenace obstination de son prédécesseur à garder son poste affublant, pour la première fois dans son histoire, le parti Kataëb de deux têtes. Ce degré supérieur d’entropie que va souffrir le parti est la première des épées de Damoclès parsemées le long du parcours emprunté par M. Pakradouni mais non des moindres et pour simple rappel, son incrimination dans une sombre affaire d’intelligence avec l’ennemi qui a brutalement surgi du haut-de-forme judiciaire il y a quelques années puis étouffée de façon tout aussi absurde et pouvant être réactivé à la demande. Encore grisé par la récente embellie de son succès dont il se croit l’auteur, tout comme le chanteur de karaoké se méprendrait pour une star le temps d’une chanson, il ne tardera pas à peser le surcoût de ces handicaps, lui laissant sur les bras une telle dette à recouvrir qu’elle le ruinera en temps et moyens tant et si bien qu’au bout du compte il aura plus servi les intérêts des uns aux dépens de son dessein tout noble soit-il. De surcroît, parallèlement au parti légalisé se profile un parti Kataëb « dissident » et, sans grand recours imaginatif, tous deux ne manqueront pas de se neutraliser l’un l’autre par des bâtons mouchards dans les roues.

Singulier ce phalangiste passif qui vit difficilement la bascule de son parti hiérarchisé en conglomérat d’initiatives personnelles et où l’état s’est accaparé le tuteurage et le recours. Sa souffrance psychique n’est pas seulement générée par la carence idéologique des Katëb mais aussi par son contentieux irrésolu avec l’état en absolu qu’il reconnaît actuellement dans son parti préféré jadis noyau d’un idéal qui le faisait rêver. Fatigué d’être ce nouveau libanais il s’épuise aujourd’hui à suivre la versatilité phalangiste. Tant de frustration partisane ne saurait retrouver une réponse adéquate dans ce réformisme honteux de M. K. Pakradouni, entaché de concessions suspectes et le poussant aux plus pénibles contorsions politiques pour s’arc-bouter en porte-à-faux d’une part sur le lourd cahier des charges du tuteur et, d’autre part, sur une base désorientée par ses innombrables chefs et courants.

Nous félicitons le nouveau président du parti Kataëb et si nous l’encourageons à œuvrer en vue de réunir un parti aussi dynamique qu’il l’était avant la guerre civile, nous stigmatisons par contre ses racontars concernant la réintégration du chrétien libanais dans le jeu actif de la politique, car, M. K. Pakradouni, sous prétexte de corriger l’inégalité des conditions, a institué une détestable inégalité du mérite qui ne présage rien de rassurant pour les autres courants politiques.
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