LA REPUBLIQUE DU RABIBOCHAGE
By: Joseph Mantoura
4/6/03
Le Liban a résolument opté pour une époque. Si l’Histoire l’a indubitablement semé, il continue de se délecter, curieusement, à languir dans les sinuosités de la logique sectaire des seigneuries moyenâgeuses, inféodées inopinément et selon les dividendes miroités au plus offrant, local, soit-il, ou régional.

Le Liban ne vit plus dans le concert des nations de ce nouveau millénaire qui, dans la cacophonie des nouvelles donnes géostratégiques s’esquissant sur le tréteau iraqien, réforment leur doctrine pour se réaligner sur le nouvel échiquier planétaire. ?tréci par ses œillères politiques, il poursuit son bonhomme de chemin, ignorant le chamboulement alentour, pour persister et signer dans la république du « patchwork ».

La politique de la subsidiarité, livrant des sous-traitances aux plus nantis de la nébuleuse syrienne, continue de grever fâcheusement la logique du pouvoir et à sanctionner lourdement une économie désuète à souhait. Ici, un gouvernement central se refait une santé aux dépens de quelques contribuables exsangues qui s’éreintent à perfuser toute une nation plus qu’anémiée. Là bas, une chasse gardée, partisane, assignée au perpétuel Jihad contre un sempiternel ennemi, s'embourbe dans une spirale violente, pendant qu’ailleurs, de larges parcelles du territoire national, s’adonnant au culte du pavot et du racket du parc automobile, ne jure que par le patriarcat familial.

Plus au Nord, les plates-bandes inviolables du féodal séculaire, bien à l’abri sous la houppe mécène de son puissant tuteur, ne survivent qu’au dépens d’un parasitisme méticuleux et systématique de complexes industriels ou touristiques, pendant que, dans la montagne libanaise, un autre seigneur, rescapé des manuels historiques, joute contre ou pour, selon le vent en poupe, entre deux intermèdes pseudo-écologiques.

Pour le reste, des îlots sécuritaires, étrangers, florissant au nez et à la barbe du gouvernement légal, excellent dans la collecte des renégats et des repris de justice et où, faute de mieux, se livrent, périodiquement, des batailles rangées, les hirsutes d’Allah et les indéfectibles d’Arafat en s'imputant mutuellement un degré d’intelligence croissant, sur l’échelle palestinienne, avec l’ennemi israélien, très vite ramené à zéro dès la signature d’un accord factice entre eux. Dans tout cet agrégat hétéroclite, naviguent à vue quelques solistes jouant des coudes et hurlant à tue-tête leur obédience à la « sublime porte », en s’impatientant de trouver la planche opportuniste à laquelle ils demeurent pieusement dévoués.

Tout ce magma composite se prétend d’un état de droit, véritable canular médiatique du règne en place. La mise en exergue de la mythique exception libanaise, de son insularité symbolique et de sa dérogation sociale, chaque fois que les conjonctures exhéréderaient l’entendement du pouvoir « girondin » ou dès que la comparaison défavoriserait les thèses soutenues avec verve vient, et pour la énième fois, d’être bafouée par l’indomptable camp palestinien de Aïn-El-Héloué. Outre l’outrecuidance des irréductibles fanatisés se comportant comme en pays conquis, force est de constater que le pays doit aussi souffrir les inepties des « Abous » féaux de l’OLP. Et l’état de camoufler son impuissance croissante en avançant des raisons d’état, taillées en feuille de vigne providentielle.

Un état attentiste, telle est la condition ultime que mériterait cette nation. Même une insurrection, rien que pour l’honneur, rien que pour le panache de ce peuple qui, assurément, mériterait mieux, ne pourra redresser une situation, désormais, en chute libre. L’état vogue à la dérive des houles communautaires et claniques. Je ne puis que souhaiter bon courage à ceux qui résistent, encore, à l’alléchante tentation d’intégration dans le système vicié du pays.