LE JURY DES SALONS
By: Joseph Mantoura

Dans le capharnaüm des idéologies au rabais, ce sont toutes nos valeurs qui trinquent: politiques, intellectuelles et religieuses. Aucun modèle repère n’arrive à s’imposer pour permettre de décrypter la complexité du monde à venir et, en essaims chaotiques, s’engouffrent les théories les plus spéculatives dans ce scotome cognitif pour déboucher sur les certitudes les plus aléatoires. L’opinion publique balayée par la diversité exponentiellement croissante de la gente médiatique bat de l’aile, tergiverse et fantasme autour du « politiquement correct », de « l’intellectuellement convenu » et du « religieusement humain ».

Le 11 septembre 2001, des milliers d’hommes et de femmes succombent effroyablement dans l’effondrement criminel de la nébuleuse multinationale des tours jumelles du WTC. Sur des dizaines de milliers de pistes parcourus par les plus fins limiers américains rompus au dénouement des lacis les plus vertigineux de la pratique terroriste, sont recueillies au fur et à mesure les différentes pièces du puzzle à l’effigie du tristement célèbre faciès de l’homme le plus recherché de la planète, M. Oussama Ben Laden et en arrière plan le régime afghan des Talibans. Pour peu que le verdict américain soit vrai, il serait vraisemblable et nul n’est besoin de rappeler l’inimité ostentatoire que nourrit cette personnalité envers le « roumi » à la tête duquel l’Américain, maintes fois menacé et harcelé par l’illuminé, ne représente que la première victime expiatoire de sa longue liste noire. Toutefois, l’opinion publique, longtemps subjuguée par la puissance américaine opte, sous nos yeux, pour la méfiance tout aussi démesurée par un principe absurde d’extrême précaution forcenée. Désabusée par l’ébranlement du culte d’invincibilité du territoire des Etats-Unis, servie à souhait par la M.G.M., cette même opinion, du fond de son fauteuil douillet, s’invente des complots tramés dans des bureaux occidentaux imaginaires comme pour ne pas sortir de son délire sécuritaire et reboulonner la statue de la liberté sur son piédestal, garant d’une stabilité internationale aussi confortable et rassurante que la chaleur de son siège préféré.

Vain serait d’expliquer à la conscience collective embourgeoisée que ce terrorisme de masse n’est qu’un nouveau du genre comme il s’en crée à chaque nouvelle situation conflictuelle et ce depuis Caen et Abel, à craindre que cette vérité perturbe leurs convictions sécurisantes. Inutile serait aussi de prouver qu’au déploiement de tous les principes et les moyens de sécurité possibles et imaginaires s’opposera toujours une stratégie à déjouer tous les systèmes et appareils de surveillance, sans risque de démystifier le traditionnel super protecteur. Plus futile encore serait de s’étendre sur un exposé explicite du contentieux Asie centrale – Etats-Unis et s’immiscer dans l’intimité de la triangulaire pakistano-afghano-américaine. A tout prendre, la conscience collective pencherait plus en faveur de la conjuration et du blâme que d’aller s’enquérir sur le jeu dangereux de l’ISI pakistanais créateur du « Talibanisme » ou de l’intrication explosive des différentes communautés éthno-religieuses de la mosaïque afghane (Pachtoune, Baloutche, Aimak, Hazara, Tadjik, Turkmène, Ouzbek et Nuristan) creuset vivace d’ultra orthodoxie religieuse.

S’il est tout à fait légitime et impérieux que la conscience collective réprouve tout acte ou individu dont le méfait a été prouvé, il serait, au contraire, malsain de lancer des anathèmes à tout vent à partir de rumeurs montées en graine et répétées tout venant par une société victime d’écholalie. Pourfendre l’histoire récente et antérieure à la recherche d’une imposture occasionnelle pour en faire un comportement stéréotypé de la politique américaine relèverait plus du jugement subversif. Aussi certain qu’ils aient été bourreaux, les américains ont été victimes. Les Etats-Unis, tout super puissants soient-ils, ne sont nullement infaillibles car, comme nous tous, ils restent humains passibles d’erreurs et, pour toute confidence, pleurent leurs enfants morts à New York.
27.9.01
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