A L’EAU, A L’EAU
By: Joseph Mantoura
23/10/02

Les conflits moyen-orientaux du siècle naissant seront très probablement aquatiques. Ce précieux liquide, insipide, inodore et incolore, déjà au centre d’un sensible contentieux libano-israélien, représente une denrée rare, donc précieuse, dans cette partie aride du monde et attisera moult conflits, peu ou prou relatifs à l’eau, et dont les prémices se dessinent dans le lit du Wazzani.

Nul doute que le Liban, très enclin depuis une décennie à chercher noise  à son voisin ennemi, se doit de défendre son  patrimoine aquatique et ce jusqu’à la dernière goutte. Tout autre état n’aurait guère manqué à ce devoir primordial d’étancher la soif de ses citoyens. Notre bonheur ne peut que culminer à la seule idée de voir se débattre, petits et grands, dans les eaux claires de ce ruisseau sudiste tant convoité par le sioniste par delà les frontières. Rien que le flot ininterrompu des discours enflammés de nos hommes politiques, à l’occasion de l’inauguration du pompage des eaux du Wazzani, a vite fait de convaincre les derniers récalcitrants aux solutions difficiles du partage des eaux.

Que d’eau, que d’eau éclabousse nos journaux, magazines et informations depuis quelques temps. Tous les propos sont imbibés de ce liquide qui occupe la primauté des faits et fait la une des manchettes des quotidiens. Même les moins hardis se mouillent à défier les plus puissants de ce monde rien qu’à la vue de cet affluent. Se sont jetés à l’eau, et pour la première fois, toutes les tendances politiques, à notre grande satisfaction, comme dans un baptême lavant à grands flots notre péché originel. En sus du bénéfice  hydrique, ce torrent aura eu le mérite de mettre dans un bain unique tous les Libanais.

Mettons un peu d’eau dans notre vin pour ne pas nous enivrer de ce nouveau succès et dormir sur nos lauriers. Ce ne sont pas quatre malheureux millions de mètres cubes annuels d’eau seulement qui nous reviennent de droit seulement, mais bien plus et la lutte se poursuivra jusqu’à immerger le région frontalière de toute la flotte légitime reconnue par le droit international. Le but ultime devrait garder en ligne de mire un Sud       Liban aussi trempé qu’ailleurs. Mais toutes ces douches écossaises que nous subissons depuis le projet Wazzani, toutes ces admonestations et contre-menaces que nous assènent les uns et les autres et toutes ces trombes d’eau que nous miroitaient nos vaillants dirigeants ne nous ont guère remplies davantage nos réservoirs d’eau désespérément à sec. Il faudra que beaucoup d’eau coule sous nos ponts avant de résilier nos contrats avec nos pourvoyeurs privés de flotte.

Entre-temps espérons que ce remue-ménage ne sera pas un nouveau coup d’épée dans l’eau dont le pouvoir garde jalousement le secret.