FANFARONNADES ET TARTARINADES
By: Joseph Mantoura
20/12/2001

Depuis une décennie, nombre de  rodomontades, toute nationalité confondue, constituaient l’essentiel de la puissance de feu opposée aux armadas américaines. A défaut de stratégie cohérente, tant politique que militaire, les belligérants successifs étalaient des gasconnades burlesques prenant à témoin des épopées héroïques pré-diluviennes de leur histoire  pour s’identifier à un preux plus mythique qu’authentique et promettre aux peuples harangués par leur pouvoir, se permettant le luxe d’un bain de foule entre deux séjours en excavations souterraines, les pires calamités au grand Satan étasunien.

D’abord, les hâbleries baasistes irakiennes, distillées aussi bien par Saddam que Aziz, pariaient, du moins au tout début, sur une intimidation puis un dégonflement américains. Tous les stratagèmes menaçants pré-conflictuels audiovisuels ont été épuisés en vain, depuis les diatribes incisives jusqu’aux parades poudre aux yeux en passant par le rituel des femmes, en treillis et fusil mitrailleur en bandoulière, jurant fidélité au père de la nation babylonienne. L’Amérique, sourde à toutes ces gesticulations, engagea le fer et, « la mère des batailles » tant louée par le chef de Bagdad, se solda par une déroute sans précédent de l’armée irakienne et ce, en moins de cent heures. Puis vinrent les forfanteries  post-soviétiques d’un Milosevic victime du néo-romantisme de la grande Serbie lorgnant les terrains alentours qu’il annexait à tour de bras. Certain d’être né sous une bonne étoile, il ne prêta guère attention aux intentions belliqueuses de l’OTAN et, maintes mises en demeure plus tard, il n’a pas manqué de raviver l’image de l’historique bourbier Balkan miroitant un sort vietnamien à tout GI qui foulerait le territoire serbe. Là aussi, la machine de guerre yougoslave succomba  au bout de trois mois de pilonnage intempestif sans qu’un seul soldat américain ne soit tué ou blessé. Récemment, les Afghans ont réitéré  la même amère expérience. Acculés au pied du mur par les allégations américaines les accusant de protéger les instigateurs des opérations suicidaires du 11 septembre 2001, les dirigeants de Kaboul soutenaient jusqu’au bout la faible probabilité d’une confrontation directe. Idem pour les Talibans, leurs historiens ont dépoussiéré les vieux manuels d’histoire à la recherche de glorieuses épopées susceptibles de contrebalancer les Nimitz et autres Kitty Hawk des flottes américaines. De la défaite anglaise de Jalalabad au IXXème siècle jusqu’au retrait soviétique de 1989, rien n’a été épargné pour dissuader les Etats-Unis. La perpétuelle litanie des topographies difficiles, des inextricables conflits ethniques, des afghans aguerris et sanguinaires ou des cavernes et tunnels qui ont harassé les colonnes russes, n’a en rien ébréché la volonté américaine de lancer l’assaut sur les contreforts des reliefs escarpés de cette région d’Asie centrale. Les Mullahs locaux, plus audacieux que les précédents quant au verbiage, se sont aventurés même à prophétiser la fin, imminente paraît-il, de l’empire anglo-saxon. Malheureusement, pour eux, pris de court ils ne virent leur propre fin venir.

Aujourd’hui, les émissaires occidentaux se bousculent au portillon de Baabda et des différents édifices gouvernementaux libanais, porteurs de messages on ne peut plus explicites sous peine de sanctions aux retombées incommensurables. Le va et vient inlassable des personnalités politiques s’accompagne de mises en garde de plus en plus pertinentes pour aboutir à la conférence de presse de l’envoyé spécial britannique qui, dans le souci d’éliminer tout quiproquo, s’est efforcé, rédaction en main, d’articuler clairement, dans le plus pur accent oxfordien et dans un style syntaxique simple l’urgence de régulariser le cas du Hezbollah, puissant allié du pouvoir libanais, et considéré, à tort ou à raison, comme potentiellement terroriste. Aussi futile que la plaidoirie philosophique sur la relativité de la classification résistance-terreur   que soutient avec véhémence l’autorité libanaise devant les instances internationales, sont aussi les propos acerbes du guide spirituel dudit parti qui s’évertue, avec une fougue inégalée, à établir la caducité de la logique outre-atlantique. L’heure n’est plus au raisonnement et les conduites à tenir prodigués par Machiavel restent pour le moment complètement désuètes. Les Etats-Unis d’Amérique n’ont jamais manqué de prouver qu’ils ne se souciaient aucunement de poursuivre leurs idées jusqu’à terme et ce, d’autant plus depuis la mutilation de leur «skyline» new-yorkais. Alors trêve de « tartarinades » libanaises, de processions pyromanes, de piétinement des bannières américaine et israélienne et de sermons sarcastiques fustigeant la politique à deux vitesses. Si à tout prix faut-il relever un défi, que ce dernier soit cette fois, et pour une seule fois au moins, celui de la sagesse et de l’intelligence.