VOUS AVEZ DIT CHARLES DE GAULLE 
By : Joseph Mantoura

15/11/2001

Le président de la république syrienne n’a pas tari d’éloges à l’encontre du Général Charles De Gaulle et ce à l’occasion d’une visite officielle du Premier ministre M. Tony Blair à son homologue syrien. A tort ou à raison, ce nom est invoqué comme pour stimuler quelque fibre patriotique romantique de l’occident, et pour conjurer le mauvais sort, dés que les mouvements paramilitaires sont acculés sur les bancs d’accusation. Moins que l’homme en question, son refus et son combat symbolisent désormais une croisade patriote que cherchent à récupérer racoleurs, imposteurs et quelques authentiques combattants des libertés. Seul le paladin gaulliste a été retenu pour l’exploiter à fond derrière les tribunes démocratiques et légitimer tout acte belliqueux au point de confondre les résistants français qui débusquaient du nazi dans les landes du massif aux frondeurs palestiniens qui dynamitent du juif dans les discothèques de Tel Aviv.

Mais qui est Charles De Gaulle? Un Général de l’armée française des années 40 et le père de l’appel du 18 juin qui a dit « non » au consensus pétainiste, leitmotiv réitéré par tous les pays européens à l’époque face à l’avancée fulgurante des armées allemandes. Le grand Charles a refusé l’abdication de son pays démocratique devant le viril état militariste germanique, fier descendant teutonique, pratiquant le culte de la personnalité, le monothéisme doctrinal et malade du nombrilisme de son Führer, détenteur du record de cumul de titres étatiques et partisans. L’appel du 18 juin n’a guère eu de répercussions dans l’hexagone bien qu’il ait fait grand bruit outre-manche et en réponse, les Français furent soumis au plus intense matraquage policier et publicitaire, anti-gaulliste évidemment, de leur histoire. Le Général De Gaulle à partir de l’Angleterre, pays d’exil forcé, s’est acharnée, tant bien que mal et avec des moyens de fortune, à raviver le germe libérateur de son compatriote harcelé par le gouvernement de Vichy et sa propagande. Il a dit non à Vichy qui, rejeton du IIIème Reich hitlérien, s’efforçait en tout premier lieu à justifier l’armistice et légitimer le nouveau régime et exploitait la vague dépressive de son peuple, fatigué des hostilités et meurtri par la défaite, pour exhiber le Maréchal Pétain comme le rédempteur apportant le salut aux pêcheurs méconnaissant leur propre intérêt. Il a dit non à Pétain qui, à cette époque, incarnait la France et symbolisait le facteur de cohésion nationale réduisant tout autre patriotisme à rien d’autre qu’infamie, trahison ou imposture.

En d’autres temps, d’autres pays et d’autres figures s’est réincarnée l’épopée. Très peu faut-il pour marquer la similitude des situations historiques entre le conflit germano-français et plus récemment syro-libanais. Le président syrien a savamment détourné, à juste titre peut-être, le combat gaulliste en le fructifiant au profit de la lutte anti-sioniste rapprochant Israël du nazisme, les résistants, aussi bien du Hamas que du Hezbollah, du gaullisme et le « non » transi à Sharon descendant direct du « non » héroïque à Vichy. Et c’est bien une vérité vue sous cet angle. Mais cette dernière aurait un deuxième tranchant qui contrairement au premier serait tout à l’encontre du filon médiatique que chercherait à exploiter le chef syrien. Hasardons-nous, un instant seulement, à attribuer les rôles des différents protagonistes de la seconde guerre mondiale aux autochtones moyen-orientaux de notre histoire récente. Il ne fait aucun doute que le Liban ne peut prétendre qu’au rôle de France laquelle envahie par son voisin allemand ressemble fort, dans sa politique, au comportement syrien. Les deux pays envahisseurs ne souffrait qu’un parti qui tenait d’une main de fer aussi bien les rennes du pouvoir, de la justice et des médias et ont instauré dans les pays sous leur occupation des gouvernants clonés qui se prétendaient authentiques représentants du peuple. Enfin, si pour l’hexagone de 1940 le Général De Gaulle en fut le héros incontesté, tant loué par le président Bachar El Assad, nul n’est besoin de grands recours imaginatifs pour retrouver son équivalent libanais lui aussi en exil forcé.

A jouer le jeu stupide de fleurir une statue légendaire ou une figure votive pour se concilier les faveurs de l’occident on finit par se retrouver nez à nez avec sa victime venue elle aussi s’y recueillir. Si De Gaulle, lui-même, a fait montre de grandeur indomptable face à l’occupant nazi, il prit, par contre, un tout autre visage en Algérie, et la Syrie a fort à méditer là-dessus car si l’Histoire va retenir son combat de résistant sur les hauteurs du Golan, elle aura bien du mal, par contre, à disculper sa politique répressive dans les montagnes libanaises.
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