FLAGRANT DELIT DE
VERSATILITE
By: Joseph Mantoura
14/9/02
Il est tout proche le jour où le député Walid Joumblatt, alors encore à la veille des
élections parlementaires, déclarait haut et fort, son aversion au pouvoir en place. En
ces moments cruciaux, les mamours allaient bon train avec les flirts et autres cajoleries
entre ce dernier et la dite opposition. Il navait cesse daller et venue chez
les uns et les autres pour, soi-disant, lancer les ponts de la réconciliation entre les
différentes factions libanaises. Il avait de ses boutades, bien à lui, pour critiquer,
caustiquement, les fantomatiques services s'ingérant ouvertement dans le territoire
décisionnel, pour pointer du doigt la militarisation insidieuse du régime libanais et
pour stigmatiser, au bout du compte, lexcès policier qui empiète dans notre vie
quotidienne.
Il est tout proche le jour où Walid Joumblatt recommandait une révision des relations,
qualifiées de spéciales, entre le Liban et son voisin syrien. Il les jugeait, les
relations, trop altérées par certains colporteurs et autres opportunistes. Il sest,
même, hasardé à réclamer un redéploiement des unités régulières syriennes sur une
ligne montagneuse comme le stipulait laccord de Taef. Ce crime de « lèse-fratrie
» lui valut une fin de non-recevoir de la part du pays voisin, mais, en contre-partie,
une sympathie complice dune large frange de la population libanaise. Il symbolisait
le sursaut patriotique aux yeux de lopposition et le premier amarrage lancé entre
les communautés antagonistes du Liban.
Il est tout proche le jour où Walid Joumblatt, député voire ministre, révélait sur
tous les toits, la sujétion du juridique au politique et avouait, publiquement, que,
comme tout autre politicien influant, certains juges, lui étaient redevables et
obtempéraient au doigt et à lil. Il ne mâchait guère ses mots, qualifiait
de requins les hommes au pouvoir, souscrivait à blanc au discours des évêques maronites
et, pour comble, applaudissait la victoire metniote aux dernières législatives
partielles la jugeant comme une victoire de la lignée modérée sur le courant
extrémiste.
Bien quaccoutumés aux sautes dhumeur et à la versatilité légendaire
Joumblattiste, il fut plus quardu de digérer la dernière volte-face flagrante du
député du Chouf qui, dun simple coup déponge vient de tout remettre en
question . Même très bien rompus à ses virevoltages les plus rocambolesques, la
dernière pirouette a laissé coi plus dun. Ce fin renard continue de nous sidérer
tant ses cabrioles restent imprévues. Il aura beau avancer toute sorte de circonstance
atténuante, la dernière visite historique du ministre syrien Khaddam hante nos esprits
et a vite fait de fixer lhomme dans ses retranchements initiaux. Difficile dassimiler
le malheureux incident du 11 septembre 2001, comme un argument valable et convaincant au
dérapage, trop bien contrôlé, de M. Joumblatt. Les commanditaires de cet acte ne se
sont jamais préoccupés de la pensée joumblattiste et la réponse étasunienne ne
prendra nullement en considération sa vision des choses. La primauté des choix du
seigneur du Chouf, quelle que fût largumentation syrienne, sest effectuée
par le biais de la récupération de ses prérogatives et celles de ses coreligionnaires.
Le Liban reste le cadet des soucis de nos politiciens actuels.
Il est tres loin le temps où une nation libanaise au-dessus de tout calcul mesquin, au
pire personnel et au mieux communautaire restreint, verra le jour